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EXTRAIT DU SITE DU PTB :

Quand Charles Michel manipule les chiffres sur l’emploi pour cacher la précarité créée par son gouvernement

11 Octobre 2017

auteur: Benjamin Pestieau

Lors de son discours à la Chambre ce 10 octobre, Charles Michel a beaucoup insisté sur les chiffres de création d’emploi, avec son désormais indispensable « jobs, jobs, jobs ». Mais apparemment, le Premier ministre ne sait pas lire un tableau de l’ONSS.

Charles Michel a notamment déclaré : « L’emploi partiel n’a pas augmenté. Selon l’ONSS (Office national de sécurité sociale, NdlR), ce sont très majoritairement des emplois à temps plein et dans le secteur privé qui ont amené ce résultat. Entre fin 2015 et fin 2016, le nombre d’emplois temps plein a augmenté de 60 941 unités ! »

Le service d’études du PTB est allé chercher le tableau sur lequel Charles Michel s’est basé à ce sujet. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne sait pas lire les chiffres d’un tableau de l’ONSS. « Charles Michel n’a pas dit la vérité sur les chiffres sur l’emploi hier à la Chambre, réagit Raoul Hedebouw, député fédéral et porte-parole du PTB. Probablement une erreur, qui est néanmoins grave dans le chef d’un Premier ministre lors d’un discours normalement très préparé sur l’état du pays. Pour correctement informer les citoyens, nous tenions à publier les chiffres corrects. Car, sous le gouvernement Michel-De Wever, trois quarts de l’emploi créé – 74,3 % pour être précis – est de l’emploi à temps partiel ou intérimaire. »

Explication du service d’études du PTB :

Charles Michel utilise pour sa démonstration le tableau de l’ONSS qui montre « l’évolution du volume de travail en équivalents temps plein (ETP) par type de prestation et durée du travail ». Il utilise la période Q4 2015 à Q4 2016 (Q4 = les chiffres de l’emploi au 4ème trimestre de l’année). Or que nous dit ce tableau pour cette période? 

• Entre fin 2015 et fin 2016, il y a bien l’équivalent de 60 941 emplois salariés créés dans le privé.

• Cependant, seulement une partie de celui-ci est à temps plein (39 000), et on ne tient pas alors compte de la perte d’environ 9 300 emplois temps plein dans le secteur public. Ce qui fait un total net d’emplois à temps plein créés de 29 711 emplois. 

• Au niveau des emplois à temps partiel, il y en a un peu plus de 10 000 créés dans le privé et un peu plus de 12 164 créés dans le public. Ce qui fait un total de 22 305 emplois à temps partiels. 

• Au niveau de l’emploi intérim et saisonnier, il a augmenté de près de 12 000 unités.

• Conclusion : pour la période prise en compte par Charles Michel, l’emploi salarié a augmenté de 63 838 unités. Dans cet emploi créé, 46,5% est de l’emploi à temps plein et 53,5% de l’emploi à temps partiels ou intérimaire. La majorité du volume d’emploi créé est donc de l’emploi précaire.

Un choix de période tendancieux

Mais, plus important encore, Charles Michel a choisi de manière arbitraire une période particulièrement favorable. Pourquoi, pour certains chiffres, prend-il un terme d’un an et, pour d’autres, le terme de sa législature ? Prenons l’évolution des chiffres de l’emploi salarié depuis son arrivée au pouvoir sur la base du même tableau (sur le volume d’emploi) fourni par l’ONSS. C’est-à-dire les chiffres de fin 2014 (Q4 2014) comparé à ceux de début 2017 (Q1 2017 - derniers chiffres disponibles). Que voit-on ?

• Sur cette période, le volume d’emploi salarié en ETP a augmenté de 59 371 unités.

• L’emploi à temps plein a augmenté de 29 522 unités dans le privé et a diminué de 14 256 unités dans le public. Cela revient à une augmentation de 15 267 emplois salariés à temps plein.

• L’emploi à temps partiel, lui, a augmenté de 16 721 unités dans le privé, et de 20 070 dans le public, soit une augmentation totale de 36 792.

• L’emploi intérimaire et saisonnier, lui, a augmenté de 7312 unités.

• Conclusion : 74,3 % du volume d’emploi salarié créé sous le gouvernement Michel est de l’emploi précaire (à temps partiel ou intérimaire), et seulement 25,7 % est de l’emploi à temps plein.

Enfin, le choix de travailler sur les volumes d’emplois est aussi assez déformant. En effet, le volume d’emploi ne correspond pas une réalité concrète. Il aurait été plus juste de travailler sur le tableau des travailleurs réellement occupés. Ce tableau permet de concrétiser comment l’emploi se matérialise en nombre de travailleurs. Et là, nous aurions également constaté que plus de 75 % des nouveaux travailleurs occupés le sont à temps partiels ou dans des emplois intérimaires.

Un taux d’emploi qui repart à la hausse ?

« Le taux d’emplois repart enfin à la hausse pour atteindre 67,7% », déclare Charles Michel. Doit-on se réjouir ? Pas vraiment. Un tel niveau de taux d’emploi a déjà été atteint en… 2007 et en 2010 et il était même de 68 % en 2008. Et à la fin du 4ème trimestre 2014, le taux d’emploi était de 67,6 %. Cela veut dire que depuis que le gouvernement Michel – De Wever est là, le taux d’emploi a augmenté de… 0,1 %. La vérité sur le taux d’emploi serait de dire que malgré tous les discours sur l’emploi et la priorité à l’emploi qui ont été tenus par tous les gouvernements, force est de constater que celui-ci n’a pas évolué.

Le taux d’emploi est la proportion de personnes disposant d’un emploi parmi celles en âge de travailler (20 à 64 ans). C’est un indicateur important en particulier dans les pays où les mini-jobs, les sous-statuts ne sont pas encore trop généralisés. Cela permet de voir la proportion de la population qui a véritablement un boulot. Contrairement aux chiffres du chômage qui peuvent être facilement manipulés en excluant les gens du chômage. Si le marché de l’emploi est composé majoritairement d’emplois précaires, le chiffre du taux d’emploi perd de sa pertinence car il considère à peu près n’importe quel emploi comme un véritable emploi. En d’autres mots, la statistique du taux d’emplois ne donne aucune information sur la qualité de l’emploi.

Une politique de l’emploi peu efficace et très coûteuse

Selon le bureau du plan, l’effet net du tax-shift (= les cadeaux fiscaux faits aux entreprises dans l’espoir qu’elles créent de l’emploi) à la création d’emplois sera de 40 000 emplois supplémentaires pour la période 2016-2020. Le Bureau du plan arrive à ce chiffre –très modeste1 – sur base d’hypothèses relativement optimistes et toutes très discutables.

Il s’agit d’un chiffre net. C’est-à-dire le nombre d’emplois qui seraient produits en plus grâce à ces politiques. Pas les emplois supplémentaires de toute façon créés par la conjoncture économique. « Net » veut aussi dire qu’ils ont estimé le nombre d’emplois perdu à cause des économies engendrées par le tax-shift.

Il faut aussi noter que le coût net (déduction faite des effets retours) de cette création d’emploi est de 3 milliards d’euros. Cela veut dire que chaque emploi créé coûte 75.000 euros. Ce qui est très élevé par rapport à la création d’emplois publics par exemple.

Source: http://www.plan.be/admin/uploaded/201701171620310.REP_11301.pdf

1. L’étude du Bureau du plan a été commandée par le Premier ministre. Mais elle a reçu très peu d’échos car elle n’est pas vraiment spectaculaire. 40 000 emplois créés en 5 ans, cela fait moins de 10 000 par an. Et le coût de l’emploi produit est très élevé.

Un article dans le Vif du 13 octobre 2017

Merci Freddy pour cette transmission d'article :

Des communistes au gouvernement en Belgique, ça s'est déjà vu

Journaliste

17/10/17 à 09:00 - Mise à jour à 10:02
Du LeVif/l'Express du 13/10/17

 

 

 

C'était il y a longtemps, à la Libération. Leurs ministres s'y sont comportés en braves soldats d'une politique de rigueur socio-économique. Ils vont y perdre leur popularité, leur âme et le pouvoir.

Des communistes au gouvernement en Belgique, ça s'est déjà vu

1946, le gouvernement Van Acker II accueille quatre ministres communistes. Une action nullement révolutionnaire. © PHOTO NEWS

Cinq participations gouvernementales, trente mois de présence au pouvoir de septembre 1944 à mars 1947. Joli palmarès communiste, décroché au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Auréolés de leur rôle dans la Résistance, les Rouges ont la cote. Ils captent 12,5 % des voix, et plus de 20 % des suffrages rien qu'en Wallonie, aux élections de février 1946. Ce succès historique leur permet de placer jusqu'à quatre ministres sur les dix-neuf de l'équipe Van Acker II. Le bout de route des communistes en compagnie des socialistes et des libéraux vire au chemin de croix. José Gotovitch, spécialiste de l'histoire du communisme en Belgique, revient sur cette expérience unique et peu concluante.

" Les communistes espéraient décrocher des postes régaliens au sein du gouvernement : Justice, Intérieur, Instruction publique... Mais ils se retrouvent cantonnés aux Travaux publics, au Ravitaillement, à la Reconstruction et à la Santé publique. Autrement dit, dans des portefeuilles ingrats, politiquement peu rémunérateurs, et qui vont les amener à prendre des mesures hautement impopulaires.

La "Bataille du charbon", engagée par le gouvernement dirigé par le socialiste Achille Van Acker, exige de se battre et de se mobiliser pour produire, donc de discipliner les travailleurs. Les ministres communistes se comportent alors en braves soldats et en honnêtes exécutants d'une politique de rigueur qu'ils assument. Ils font preuve de poigne dans la politique de maîtrise des prix, ils vont jusqu'à interdire les grèves... Et finissent par se mettre à dos paysans et ouvriers.

José Gotovitch (ULB), spécialiste de l'histoire du communisme belge.

José Gotovitch (ULB), spécialiste de l'histoire du communisme belge. © CHRISTOPHE KETELS/BELGAIMAGE

 

Inexpérimentés, sans relais au sein des administrations, dépourvus de techniciens pour les assister, ils sont victimes des crocs-en-jambe de la part de leurs partenaires de coalition qui font tout pour saboter leur action et les neutraliser en leur coupant en partie les moyens. Les communistes sont conscients de ce jeu de dupes, d'être victimes d'un mélange de diabolisation et d'apprivoisement.

A aucun moment, ils n'ont ambitionné une prise de pouvoir mais uniquement une participation au pouvoir. Ils veulent sincèrement oeuvrer au redressement du pays en jouant l'entente démocratique. Ils espèrent que cette politique leur procurera la dignité nationale qui fera d'eux une force politique permanente dans la Belgique libérée.

Cette participation au pouvoir, au lieu de propulser les communistes, les rend prisonniers du renouveau national en cours. Elle coupe dès lors leur élan et les déconsidère dans une espérance révolutionnaire. Le début de la guerre froide donne le signal de leur isolement. Leur liquidation politique est d'autant plus facile à réaliser que les communistes, avec le temps, ont perdu le halo gagné au cours de la guerre. Ils sortent volontairement du gouvernement à la mi-mars 1947, sans avoir pu marquer de leur empreinte leur passage au pouvoir. "

Un PTB averti en vaut deux.

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Date de dernière mise à jour : 01/11/2017