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Scandales à la Liégeoise

1 décembre 2017 : réaction de Damien Robert, Président du PTB Province de Liège à propos du dossier Mathot

Damien Robert, président du PTB Liège et conseiller communal à Seraing au sujet du dossier du Vif de cette semaine :

"Que faut-il penser des nouvelles révélations dans le Vif l’express de ce 30 novembre à propos du dossier Mathot/Intradel ?
1. Quand un politicien est aux prises avec la justice, le réflexe de ses collègues est souvent de dire : « il faut laisser faire la justice ».
2. C’est vrai que la politique et la justice sont des choses différentes. Mais quand le monde politique permet à un politicien d’échapper à la justice, ça pose question…
3. En quoi cela nous concerne ? Tout le monde sait que la justice soupçonne Mathot d’avoir participé et profité d’une vaste fraude pour favoriser la construction par une firme française de l’incinérateur à Herstal qui brûle nos déchets. Cela concerne le citoyen pour deux raisons. D’abord parce que ce sont 200 millions € d’argent public qui sont en jeu (dont 12 millions € utilisés pour corrompre le monde politique local et ses amis). Mathot, aurait été arrosé de 700 000 €, rien que pour lui. Ensuite parce que depuis que le contrat a été signé entre Intradel et la firme française Inova pour construire l’incinérateur, nous payons les déchets bien plus chers qu’avant…
4. Le journaliste David Leloup vient de publier aujourd’hui dans le Vif l’express une enquête qui explique les détails de cette fraude. On y apprend trois choses surprenantes.
(a) Lorsque le directeur de la firme française (qui est passé aux aveux) a cherché à obtenir le marché pour l’incinérateur, on lui a répondu qu’il n’aurait pas le marché car une autre firme était sur le coup. Cette autre firme était celle qui construisait habituellement les incinérateurs et qui avait ses lobbyistes habituels : Michèle Lempereur (l’ex femme de Guy Mathot et l’actuelle femme de Willy Demeyer) et Guy Coeme. On explique au directeur d’Inova qu’il doit passer par Mathot pour gagner le marché. Alain Mathot, lui, à l’époque, travaille pour un autre lobbyiste qui essaye d’aider la firme française (Inova) à avoir le marché. Alain Mathot finit par rencontrer le directeur de la firme française.
(b) S’en serait suivi un deal où tout a été organisé pour que le marché soit bien octroyé Inova moyennant un arrosage en bonne et due forme. Selon le directeur d’Inova, cet arrosage est conséquent... 12 millions € sortent des caisses de la firme française et seraient arrivées dans les mains de ceux qui ont favorisé la firme. La mécanique est bien huilée. Une partie de ces commissions occultes est distribuée via des fausses facturations adressées par la société française à la société privée d’un ancien échevin PS d’une commune du Hainaut. Cet ancien échevin serait lui aussi passé aux aveux. Via des fausses factures émises par des sociétés belges, suisse et liechtensteinoise, le parrain de Mathot, Leon Deferm, aurait reçu 1 million €. Selon le journaliste, cela n’est plus à prouver car l’instruction judiciaire l’a démontré. Mathot, lui, aurait obtenu 700 000 € en cash, chaque fois dans des enveloppes contenant 50 000 €. Ces enveloppes auraient été données en personne par le directeur de la société française, lors de brefs séjours d’Alain Mathot à Paris. Le directeur de la société française est passé aux aveux.
(c) Lorsque Mathot est confronté devant le juge d’instruction, il nie. Lorsque les enquêteurs lui demandent si il connaissait le directeur de la société française, il dit qu’il l’a juste rencontré trois fois dont une fois lors d’un tournoi de pétanque à Seraing et lors de l’inauguration de l’incinérateur à Herstal . Or, les faits démontrent le contraire. Les enquêteurs ont démontré que Mathot et Leroy (le directeur français) ont échangé 71 contacts téléphoniques (38 appels directs et 33 sms). Dont une bonne partie juste avant ou pendant des courts séjours d’Alain Mathot à Paris. Les enquêteurs ont d’ailleurs retrouvé le numéro de téléphone de Leroy codé dans son ordinateur personnel. Le Vif publie pour preuve un extrait de l’interrogatoire de Mathot que j’ai rajouté en pièce jointe.
5. Laisser faire la justice ? Bien sûr. Le problème, c’est qu’avec la non levée d’immunité, la justice risque de ne pas pouvoir faire son travail. Les défenseurs d’Alain Mathot ont beau crier sur tous les toits que les députés ont bien analysé le dossier avant de décider de ne pas lever l’immunité, la réalité est bien différente. D’abord ils ont pris leur décision en justifiant que Mathot faisait l’objet d’attaques politiques et que des attaques politiques ne pouvaient pas justifier une levée d’immunité. Ils n’ont donc rien dit sur le fond. Ensuite, la façon dont la commission de députés qui s’est chargée d’analyser le dossier a fait son travail pose question. Lorsque le juge en charge du dossier est venu présenter le contenu du dossier devant les députés, le rapporteur de la commission n’était même pas présent… Des témoignages avancent aussi des pressions des directions de la NVA, de l’Open vld et du Spa sur les représentants de ces partis en commission pour qu’ils prennent la défense d’Alain Mathot.
6. Pourquoi ? La réponse pourrait être simple. Beaucoup d’éléments et d’indices laissent présager qu’il y aurait eu un deal. Un win-win. Lequel ? En 2011 (le 03/05/2011 plus précisément), la direction d’Ogeo fund, le fonds de pension des travailleurs de la province, de Publifin, de la Ville de Seraing, des pompiers et de l’intercommunale du démergement rencontre Bart De Wever pour une réunion de lobbying. Résultat ? La « réunion était intéressante » et Bart De Wever va présenter deux ou trois interlocuteurs anversois au comité de direction d’Ogeo fund. Conséquence ? Quelques mois plus tard, fin 2011, les politiciens liégeois qui sont derrière Ogeo fund (Mathot, Gilles, Moreau, Pire…) décident d’investir l’argent public, l’argent des pensions des travailleurs des services publics liégeois dans une société immobilière appelée Land Invest Group. Ogeo fund y est représenté notamment par le directeur d’Ogeo fund et président de la société qui gère les investisseurs privés du projet Cristal Parc à Seraing. Mais aussi par l’ancien directeur général de la Ville de Seraing. Dans cette même société, on retrouve aussi des représentants de l’Open Vld (MR flamand), du Spa (PS flamand) et des amis du mouvement nationaliste flamand. Comme celui pour qui Alain Mathot et Bart De Wever se sont retrouvés la semaine dans un restaurant chic à Anvers pour y fêter son anniversaire. Aujourd’hui, nous sommes en 2017 et l’eau a coulé sous les ponts. Land Invest Group, grâce à l’argent d’Ogeo fund a investi des dizaines de millions € dans des projets immobiliers à Anvers (et ailleurs).
7. Conséquence ? Certains font le lien entre la non levée d’immunité d’Alain Mathot et ces projets immobiliers qui ont profité aux barons de l’immobilier flamand aux connections profondes avec la NVA, l’Open vld et la Spa. Ils ont peut-être raison…
8. Quelles conclusions peut-on tirer de tout cela ?
(a) Le monde patronal qui possède les entreprises immobilières et les sociétés de construction de grandes infrastructures publiques utilise l’argent public pour se faire de l’argent sur notre dos. Tout cet argent qui est utilisé pour arroser ou pour enrichir des promoteurs privés pourrait servir à résoudre les problèmes cruciaux de notre époque.
(b) La corruption est au cœur de notre système. Elle permet à quelques politiciens, businessmans et autres lobbyistes de s’arroser entre eux pour profiter de notre argent, tout en nous imposant des mesures antisociales. La corruption leur permet de garantir entre eux l’unité. L’unité pour mieux nous voler.
(c) Il est possible qu’il y ait des liens entre l’augmentation de la taxe poubelles à Seraing et ces accusations de fraude. C'est prouvé ? Non. C'est possible ? Certains journalistes le sous entendent. Beaucoup de gens le pensent. Si c’est le cas, c’est un énorme scandale. Car ces milliers de ménages qui n’arrivent pas à payer leurs factures sur Seraing car elles sont trop élevées, c’est non seulement un scandale politique, mais aussi un scandale social.
(d) Entre les politiciens du Nord et du Sud du pays, on se chamaille lorsqu’il s’agit de diviser les travailleurs pour mieux vider les caisses de la sécurité sociale. Mais derrière les coulisses, on oublie ses rancœurs… Car lorsqu’il s’agit d’utiliser les caisses des pensions publiques pour enrichir quelques promoteurs immobiliers, l’argent permet de tout acheter, même l’unité entre politiciens flamands et wallons… Diviser pour mieux régner.
(e) Ceux qui règnent sont puissants, c’est clair. Mais nous pouvons être forts aussi. Comme le disait Engels, le compagnon de Marx il y a plus d’un siècle : « La richesse exerce son pouvoir de manière d'autant plus sûre, premièrement par la corruption directe des fonctionnaires ; deuxièmement, par l'alliance entre le gouvernement et la Bourse ». Ce pouvoir de l’argent roi, il n’est pas infini. Ceux qui le détiennent sont des géants aux pieds d’argiles.

Dans To Day in Liège du 30 novembre 17

Soupçonné de corruption, Alain Mathot échappe à “son” procès qui débute mardi

Nov 30, 2017

Soupçonné de corruption, Alain Mathot échappe à “son” procès qui débute mardi

Mardi, devant le tribunal correctionnel, débute le procès Intradel. Huit prévenus devront répondre de cette gigantesque affaire de corruption présumée dans le cadre de la construction de l’incinérateur par la société Uvelia à Herstal.

Mais Alain Mathot, le député bourgmestre socialiste de Seraing, soupçonné de corruption, sera le grand absent de ce procès. En mars 2016, les parlementaires avaient en effet refusé de lever son immunité. La chambre du conseil de Liège ne pouvait, dès lors, pas le renvoyer devant le tribunal correctionnel pour le juger, comme le souhaitait le parquet.

Il reste cependant inculpé et les poursuites à son encontre ne sont pas abandonnées. Si sa fonction se terminait (n’étant pas élu lors des législatives de 2019), il pourrait être rattrapé par la justice car le parquet devrait reprendre les poursuites là où elles avaient été stoppées. La prescription est gelée tant qu’Alain Mathot bénéficie de l’immunité parlementaire.

Par ailleurs, si pendant le procès de nouveaux éléments à charge du député-bourgmestre de Seraing venaient à éclairer les débats, le parquet pourrait demander une nouvelle levée de l’immunité parlementaire d’Alain Mathot sans repasser par une enquête ou une instruction.

Alain Mathot se défend ainsi : “Pourquoi m’aurait-on demandé quoi que ce soit dans ce dossier, moi qui étais simple conseiller communal à Flémalle et qui n’avais donc aucune influence sur ce dossier ? L’enquête ne répond pas à cette question. Je suis innocent des faits qui me sont reprochés.” Et d’espérer que “contrairement à l’enquête”, le procès (dont il sera absent) sera mené à charge et à décharge.

(Source: La Meuse)

 

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Date de dernière mise à jour : 01/12/2017